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Editorial de "La brique" N° 40 - Avril 2019


Triboques et Rauraques à l'unisson

Relevons d'abord les bonnes nouvelles de 2018-2019. C'est un petit pas à l'échelle de la planète, mais un grand pas à l'échelle du canton suisse du Jura et du Pays de Belfort-Montbéliard : la réouverture de la ligne de chemin de fer Delle-Belfort en décembre 2018. Avec la desserte de la gare TGV de Belfort-Montbéliard à Méroux, la Suisse périphérique du Nord-Ouest est à présent à moins de trois heures de Paris. Autre événement prometteur : la mise sur les rails de la Collectivité européenne d'Alsace, voulue par les Conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, qui vont s'y fondre et agréée par l'État central. Sa mise en place effective devrait intervenir en 2021, au renouvellement des conseillers départementaux. Cette future collectivité, qui reste intégrée dans la Région Grand Est, sera notamment pilote pour les questions transfrontalières.

De grands chantiers en perspective pour l'amélioration, entre autres, de la vie quotidienne dans notre région trinationale. Nos ancêtres (au sens des occupants qui nous ont précédés) les Triboques et les Rauraques, qui occupaient la plaine d'Alsace entre Vosges et Rhin, au temps des Gallo-Romains, vont peut-être se retourner dans leurs tombes. Tribus germaine et celte, les Triboques, implantés entre Sainte-Marie-aux-Mines et le Bas-Rhin, jusqu'au nord de Strasbourg, et les Rauraques, occupant le Haut-Rhin, le Jura suisse et le Pays de Belfort-Montbéliard, n'étaient pas amis-amis. Mais les temps ont changé, et les populations très mêlées qui leur ont succédé, ont fini par croire à un destin commun. Fasse le ciel que les successeurs des Triboques ne s'inspirent pas de l'« America first », cher au président Donald Trump, pour servir en priorité les intérêts strasbourgeois, au détriment du sud du territoire, dont les élus décideurs seront forcément minoritaires, au sein de la future Collectivité européenne d'Alsace.

D'autant plus que dans l'actuel Haut-Rhin, on a de bonnes raisons d'être un peu sceptiques, puisqu'un autre modèle d'organisation territoriale montre ses vertus, sous les yeux des proches voisins : les cantons suisses, ces petits États confédérés, dont certains, comme le Jura, ne sont pas plus grands que l'agglomération de Saint-Louis, avec des pouvoirs de décision très proches des habitants, où le chômage est quasiment inexistant, et les salaires les plus bas, à la hauteur de trois fois le Smic français ! La désignation du siège de la future collectivité européenne d'Alsace donnera une indication de la volonté, ou non, d'équilibre dans le territoire. Sera-ce Colmar, qui peut avancer l'argument de sa position centrale, ou Strasbourg, qui concentre déjà de nombreux titres : capitale de l'Europe, de la région Grand Est, siège du Conseil de l'Europe, Cour européenne des droits de l'homme, etc. ?

Le Bas-Rhin sera-t-il le grand gagnant de la future collectivité ? Bien sûr, la magnifique cathédrale a une force symbolique que n'ont pas les édifices laïques du Haut-Rhin. Voyez cette pauvre tour de l'Europe de Mulhouse, dont la prestance inspirée des modernes fours solaires et qui se dégrade inéluctablement, en dépit de son label de réalisation remarquable du patrimoine architectural contemporain...

Quoi qu'il en soit, on attend des partenaires bas-rhinois de la future Collectivité européenne d'Alsace, une compréhension fine des intérêts légitimes du Sud du territoire, avec, pourquoi pas, la redécouverte de l'ancienne Rauracie, et de liens privilégiés avec les voisins du Pays de Belfort-Montbéliard, de Bâle et du Jura suisse.

Enfin, un mot sur le mouvement des « Gilets Jaunes » en France, qui occupe le terrain depuis des mois, et que l'exécutif parisien s'efforce de neutraliser, avec le lancement du grand débat national. Aux côtés de la hausse des prix du carburant l'événement amplificateur a peut-être été l'effondrement tragique d'un immeuble d'habitation, à Marseille, et ses images insoutenables, alors qu'à son voisinage immédiat se construit un fringant nouveau quartier, inaccessible pour les mal-logés - loyers trop chers -, malgré le « pognon de dingue » auquel l'Etat a renoncé, en accordant des avantages fiscaux aux investisseurs et acquéreurs. Ce mouvement inattendu par son ampleur et sa ténacité, a permis d'entendre la voix de la France des fins de mois difficiles, des retraites dérisoires, ou bloquées depuis des années. Si le président Macron avait bel et bien annoncé la couleur : transférer un peu du pactole des rentes sur la rémunération du travail, quel manque de perspicacité, en omettant les mesures d'accompagnement pour compenser les pertes de pouvoir d'achat imposées aux anciens.

Il aurait pourtant été simple d'instituer, sinon la gratuité, du moins des réductions sensibles pour les transports, l'accès aux piscines, théâtre musées etc., en faveur des seniors, comme il conviendrait de le faire également pour les jeunes ! Mais là, on se rend compte que ces dispositions sont plus de la compétence des communes, des agglomérations, des départements. Bref, un président de la République ne peut pas tout régler tout seul ! Il doit s'entendre avec les collectivités locales.

Curieusement, les « Gilets Jaunes » ne s'occupent pas des entreprises, qui pourtant sont les premières à produire les richesses, et à les distribuer, plus ou moins équitablement. Plutôt que de réclamer à cor et à cri la démission du « Président des ultra-riches », le noyau dur du mouvement devrait se souvenir de la vision prophétique des socialistes antiautoritaires de Saint-Imier, à la fin du XIXe siècle, opposés à la « dictature du prolétariat » de Karl Marx, et qui prônaient une fédération des coopératives de travailleurs responsables, plutôt que la prise de pouvoir d'un Etat central. « Tout pouvoir en place s'occupe moins du bien-être du peuple, que de la conservation de son propre pouvoir », affirmaient-ils.

On verra bien si le président Macron, grand lecteur des philosophes Paul Ricoeur et Simone Weil, qui avaient à cœur l'émancipation des ouvriers, fera passer dans une future loi sur l'entreprise, une disposition révolutionnaire pour les mal lotis : l'entrée dans les conseils d'administration des sociétés anonymes de représentants des salariés... mais auparavent, il y aura le verdict des européennes. En attendant, bonne lecture de « La brique » n° 40!

André Meyer.

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