La brique

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Editorial de "La brique" N° 38 - Avril 2017


De guerres, de rêves... et de transmission de « La brique »...

2017 sera-t-elle une année plus pacifique ? Après six ans d'affrontements, la guerre civile de Syrie semble s'éteindre, avec le cessez-le-feu conclu fin 2016 par Bachar El Assad et les forces rebelles démocratiques, sous l'égide de la Russie et de la Turquie.

Maudites guerres ! La bataille d’Alep de l'hiver dernier a illustré une forme d'affrontements inhabituelle. Non pas par l'ampleur des destructions urbaines, puisque l'on a connu pire, si l'on peut dire, avec Hiroshima et Nagasaki et les déluges de bombes des Alliés sur Dresde, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais parce que les assiégés d’Alep ont refusé obstinément de se rendre, alors que leur cause était sans issue, espérant sans doute un ultime secours des forces occidentales qui les soutenaient, avec la France en première ligne, dont l'intervention reste pour nous une énigme. Certes, notre pays avait un temps, en 1922, reçu mandat de la « Société des Nations », pour garantir l'intégrité territoriale de la Syrie, le respect des minorités, après l'effondrement de l'Empire ottoman, à la suite de la Première Guerre mondiale. Mais de là à y jouer aujourd'hui un rôle de justicier dans une guerre civile, tribale, au service de forces démocratiques contre un dictateur impitoyable...

Depuis les cent mille années où l'humanité a commencé de s'organiser, les guerres ont toujours jalonné sa longue marche. La Grèce ancienne, berceau de notre démocratie, n'était guère pacifique, puisqu'elle nous laisse sa « guerre du Péloponnèse », relatée par Thucydide, le père des historiens modernes. Mais, au fil des siècles, les guerres de rapines, de conquêtes, ont pris des tours variés. Les batailles se sont même théâtralisées, quand on évoque par exemple les guerres napoléoniennes avec les forces ennemies marchant les unes contre les autres, comme à la parade, au rythme des tambours, avec en apothéose, de flamboyantes charges de cavalerie. Les guerres se sont même humanisées. Ainsi, lors de la débâcle de 1939-1940, les unités françaises en déroute n'ont pas été si maltraitées. Dans ses confidences à son conseiller Jacques Attali (rapportées dans « verbatim 1981-1986 »), l'ancien président français, François Mitterrand, raconte qu'il a été fait prisonnier le plus tranquillement du monde sur son lit d'hôpital, où il était soigné pour des éclats d'obus qui l'avaient touché dans l'épaule ! Mais revenons à notre Région des trois frontières d'aujourd'hui, à l'écart des fureurs bellicistes mondiales – si l'on exclut, bien sûr, la menace terroriste.

2016-2017 resteront dans la chronique locale, les trois parties nationales du territoire confondues, comme années électorales. À l'automne dernier, un peu avant le choc de l'élection à la présidence des Etats-Unis d'Amérique du républicain atypique, Donald Trump, le canton de Bâle-Ville s'est donné un nouveau gouvernement. Malgré une campagne de presse du principal quotidien local, la « Basler Zeitung », contrôlé par l'agrarien Christoph Blocher, en faveur de la coalition bourgeoise, les Bâlois ont reconduit l'alliance rose-verte, social-démocrate et écologique, raflant quatre sièges sur sept, et choisi comme successeur de Guy Morin, à la fonction de président cantonal, une autre élue verte, Elisabeth Ackermann.

En 2017, les voisins allemands (en septembre) et français, sont également appelés aux urnes, pour désigner les dirigeants du pays. En Allemagne, le social-démocrate Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, va peut-être supplanter Angela Merkel à la Chancellerie, et infléchir la politique économique allemande, au profit des partenaires européens moins prospères. En France, ce sera dans quelques semaines. Dans notre pays aux cinq cent quarante fromages (au moins !), selon le mot du général De Gaulle, un large choix de propositions est présenté par les candidats à la présidence. Mais rarement l'issue du scrutin aura été aussi indécise... L’impérial vainqueur de la primaire de la droite et du centre, François Fillon, est passé du statut de conservateur « à poigne », intègre et rigoureux, à celui de candidat d'un système de privilèges, fragilisé par le « Pénélope Gate » et les révélations sur les lucratifs contrats de sa société de conseil avec de grands groupes financiers. Va-t-il tenir jusqu'au bout, ou passer le flambeau, in extremis, à Alain Juppé ? La gauche va-t-elle retrouver des chances ? Les Hamon, Mélenchon, porte-voix du socialisme historique, en quête de l'impossible réconciliation, prônant réduction du temps de travail et redistribution des richesses vers les catégories moins favorisées, vont-ils coiffer le phénomène de cette élection présidentielle ? Emmanuel Macron, rejoint par François Bayrou et d'autres poids-lourds de la scène politique, est dans la ligne des progressistes libéraux, résolument européens, ouverts sur le monde, rêvant d'une économie de marché équitable et respectueuse de l'environnement, comme l'ont espéré avant lui Michel Bakounine, les personnalistes chrétiens, l’inoubliable philosophe Simone Weil, Pierre Mendès France, Michel Rocard et... Jean Jaurès, visant l'idéal en tenant compte toujours du réel, pour construire cette société humaine, créative et solidaire, réglant son compte à la cupidité et l'argent de la rente.

Et n'oublions pas celle que les sondages voient forcément en deuxième, sinon première position, au premier tour... Mais est-ce si sûr ? S'engager à ce que les enfants des « sans-papiers » ne soient plus admis dans les écoles, doit susciter une large réprobation, et au moins de la perplexité chez les xénophobes et nostalgiques du repli national, au cœur le plus endurci... Ces enfants ne sont-ils pas mieux à l'école, où ils sont alphabétisés et instruits, plutôt que dans la rue, où ils errent, ignares, ne sachant ni lire ni écrire, tentés par toutes sortes de méfaits, voire embrigadés dans des gangs ? Malgré l'habileté rhétorique des lieutenants de Madame Le Pen, on peut parier que cette fâcheuse sortie sur les enfants « sans-papiers » d'ailleurs non expulsables, puisque précisément ce sont des mineurs, va faire fondre la cote de popularité de la candidate la plus redoutée du tableau.

Pendant ce temps, l'Eurodistrict trinational de Bâle et sa succursale IBA, vont leur bonhomme de chemin. La République et Canton du Jura suisse, tournée économiquement vers le pôle bâlois, est déjà un partenaire à géométrie variable, et finira bien par adhérer un jour à l'Eurodistrict. Un ancien ministre jurassien, Michel Probst, ne vient-il pas d'être coopté au « Beirat » (conseil consultatif sans droit de vote) du conseil d'administration de l'EuroAirport, au même titre que les délégués allemands ? Au 1er janvier 2018, le canton du Jura fera également son entrée dans l'Agglo de Bâle. Ainsi, la partie francophone de l'Eurodistrict a des chances de s'étoffer quelque peu, vers un meilleur équilibre entre partenaires germanophones et ceux de la langue de Molière, renforçant le statut de Bâle comme ville véritablement bilingue. De bonnes avancées sont donc sur les rails, dans notre bassin de vie trinational, à l'image de l'extension du tram 3 de Bâle à Saint-Louis Gare Ouest, dont la mise en service est inscrite pour décembre prochain. On attend à présent l'activation du dossier du nouveau pont sur le Rhin, entre Bâle-Nord et Huningue, dans le cadre du projet « Dreiland », avec l'émergence d'un nouveau pan de ville trinational, Bâle-Nord-Weil am Rhein-Huningue.

Cette « brique » n° 38 que voici fourmille de préoccupations, dont le méga centre commercial d'Unibail-Rodamco, dans le Technoport de « Saint-Louis Agglo », et le Baggerberg, aux pollutions multiples, mais aussi d'initiatives réjouissantes, de prétextes d'espoirs et de rêves... Pourvu, n'est-ce pas, qu'elle continue, avec ce ton de liberté, d'impertinence, de tendresse, de goût de surprendre, autour d'une information approfondie sur le passé, les perspectives, les enjeux de notre petit territoire trinational, autrefois intégré dans la Principauté épiscopale de Bâle, de Huningue à Bienne, et aujourd'hui en quête de coopération renforcée !

Candidats à la reprise de « La brique », jeunes journalistes passionnés de mettre au jour les forces qui façonnent notre cadre de vie principal, universitaires épris d'expériences concrètes, jeunes retraités en quête d'une activité épanouissante, utile pour la population, manifestez-vous ! « La brique », avec sa notoriété, son stock d'abonnés, ses fidèles annonceurs, s'offre à vous ! Et n'ayez crainte, pendant la période de mise en train, vous serez accompagnés, soutenus par les anciens de « La brique » ! En attendant, bonne lecture...

André Meyer.

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